Louarra E02 – Après le jour vient la nuit

Après le jour vient la nuit.
Mais il parait qu’après la nuit, le jour brille de mille feux…

Après la première nuit passée dans un parc et la deuxième sous un pont, je me suis résignée à aller à la gare.
La gare, c’est le nom qu’on donne à un souterrain proche de la gare dans lequel viennent s’abriter ceux qui n’ont pas de toit. C’est un espace glauque, où l’on voit plus le pire que le meilleur. Je sais qu’il existe des endroits plus calmes et mieux fréquentés, mais je ne sais pas y aller, et je n’aurais pas de recommandations pour entrer.
Donc, la gare…

Et j’attends.
La bande me contactera dès que notre chef, Elroy, aura trouvé un nouveau Quartier Général.

En attendant, je m’occupe.

Le ciel est nuageux, aujourd’hui.
Les rues sont pleines, les gens sont attirés dehors par le premier jour sans brouillard depuis un moment, sans compter que la fête nationale approche et que chacun prépare son costume.
C’est une bonne journée, la foule est inattentive et pressée, quelques artistes de rue attirent les plus curieux et les familles. À croire que personne ne travaille aujourd’hui…
Mais ça m’arrange, je préfère quand il y a beaucoup de monde.
Au milieu de la foule, je reconnais quelques visages, certains de mon ancienne vie, d’autres de la bande qui, comme moi, attendent un message. Ils ne me reconnaissent pas. Evidemment.
Je me faufile dans la foule, me perd, me laisse entraîner. C’est la foule qui m’indique où aller. Et je débouche sur l’une des larges places de la ville, à moitié envahie par des échoppes itinérantes, à moitié envahie par la foule qui se presse pour voir ce que les caravanes ont à lui offrir. Les odeurs sont fortes et entêtantes, les bruits s’entrechoquent et deviennent un brouhaha indistinct et incompréhensible, les gens se serrent, se collent.
Je m’enfonce dans cette mer d’hinoatts où plus personne n’a d’identité. Les fantômes sont plus simples à voler et je connais l’agilité de mes mains : dans cette cohue, personne ne sentira rien…
L’avantage du marché, c’est que les gens emportent de l’argent avec eux. Ça me permet d’en prendre un peu, un peu pour pouvoir survivre, pour qu’ils ne se rendent pas compte de la disparition de quelques pièces.
Je n’aime pas voler, mais je n’ai pas vraiment le choix.
Mais surtout, je suis douée…
La vie est ironique, après tout…
Mais je ne prends jamais beaucoup et je remets les porte-monnaies à leur place, bien au chaud dans les poches des passants arrêtés.
Y en a qui ont de la chance…

Après le jour vient la nuit.
Mais il parait qu’après la nuit, le jour brille de mille feux…
Je vis dans une aube naissante depuis si longtemps…
J’attends le jour…


Marine Ginot, 04/2017
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