Louarra E01 – Un dieu, quelque part dans l’univers, ne m’aime pas

Un dieu, quelque part dans l’univers, ne m’aime pas.
Je ne vois pas d’autre explication.

La milice a débarqué au QG à l’improviste ce matin. Enfin, presque à l’improviste puisque notre sentinelle l’a vu arriver… D’un autre côté, ils sont incapables de s’approcher discrètement et ne connaissent pas la finesse, surtout sous les ordres du capitaine Kiraldo.
Je me suis sauvée par les toits avec Alizur. D’un bond, il était dans les poutres, me lançait la corde et m’aidait à le rejoindre. Les autres sont partis par des chemins divers : portes, fenêtres, passages secrets,… Arrivés sur le toit, nous avons couru. Si je connais les rues comme ma poche, lui maîtrise les toits de la ville. Alors je l’ai suivi sans hésiter.
– On va à ma planque, m’a-t-il lancé avant de franchir une rue d’un saut de trois mètres sans élan.
Je me suis arrêtée au bord de l’immeuble. Alizur est agul, donc son agilité physique est presque sans limites, mais pas la mienne.
D’ailleurs, il s’est souvenu que j’étais avec lui, a poussé un juron, fait demi-tour et nous avons pris un autre chemin.

Maintenant, nous sommes chez lui.
Du moins dans son logement du moment…
C’est la première fois que je viens chez lui. D’ailleurs, il a l’air gêné de m’avoir emmené. J’adore le regarder bouger, ses mouvements sont si fluides et précis, ajustés. Parfaits. Ça me rappelle ce jour, il y a quelques années…

Là, il fait les cent pas dans la pièce principale, qui ressemble à une chambre/salon/salle à vivre.
– Comment nous ont-ils trouvé ? Personne ne savait où était le QG…
– Sauf nous, je dis.
– Tu vis toujours au QG ?
Je baisse les yeux.
– Louarra, tu vis où ?
– Au QG. Je n’ai que ça.
Dans ses yeux, je vois que lui aussi repense à ce jour-là…
– Tu peux rester là, ce soir, dit-il.
Je sens qu’il n’en a pas envie, mais qu’il se sent obligé de le proposer.
– Ne t’inquiète pas, je peux me débrouiller.
– D’accord.

Un silence gêné s’installe…

…Que je finis par rompre :
– Merci de m’avoir emmené.
– Je n’allais pas te laisser, déclare-t-il avec un sourire qui s’arrête à sa bouche.
Alizur. Perturbant et mystérieux Alizur, taciturne Alizur…
– Je vais y aller…
Il me raccompagne à la porte.
Depuis le temps, la milice ne nous cherche plus.
Je m’enfonce dans les rues.

Je lui ai menti.
Je n’ai nulle part où aller.
Il pleut.
Un dieu, quelque part dans l’univers, ne m’aime pas et m’a privé, me prive, (et continuera certainement à me priver), de ma maison, une fois de plus.
Des fois, je n’aime pas ma vie…


Marine Ginot, 04/2017
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