Louarra E09 – Des dieux, quelque part dans l’univers, ne m’aiment pas

La vie est si injuste.
Il doit y avoir plus qu’un dieu qui ne m’aime pas, là-haut…

Le problème de fuir deux bandes de voleurs (parce que maintenant, j’en ai probablement deux sur les bras), c’est qu’ils sont rapides et qu’ils connaissent bien la ville…
Cette fois, je n’ai vraiment pas le choix, je dois absolument disparaitre…
Je n’ai jamais quitté Lijzot, j’ai peur de partir…

…Mais j’ai bien peur de ne pas avoir le choix…

Puisque je ne peux aller ni au QG ni à la gare, il semblerait que je sois à la rue, ce soir…
Je cours une vingtaine de minutes avant de passer à la marche rapide, puis de m’enfoncer dans les quartiers mal fréquentés.
Rues mal éclairées, attroupements relativement louches dans la pénombre… J’aime les rues, certes, mais moyennement celles-ci.
Mais personne ne me connait, je ne connais personne et personne ne viendra me chercher ici.

Disparaître.
Ces rues offrent un anonymat bienvenu. Etroites, entremêlées… Je m’y perds avec prudence, en esquivant divers mains tendues et plusieurs verres de la part d’inconnus éméchés.
Je finis par trouver un bâtiment visiblement abandonné et visiblement déjà squatté. Parfaite cachette. Je passe l’ouverture de l’espèce de maison et pénètre dans un autre univers. Il y a des silhouettes vaguement allongées à même le sol, les murs sont sales et relativement encombrés de lettres, ou dessins, ou quelque chose d’inidentifié…
C’est plus que moyennement motivant, mais ça fera l’affaire pour ce soir.
Je m’enfonce plus profondément pour trouver un espace plus propre et moins occupé. Je trouve une minuscule pièce quelques minutes plus tard, avec un matelas à la propreté douteuse. N’ayant rien, je n’ai rien à me faire voler, je ne crains pas grand chose a priori…
Je m’assois sur le matelas, ou ce qui a été un matelas et qui n’en a plus le confort, pour faire un léger point sur ma situation.
Ce n’est pas brillant.
Il faut que je commence par changer d’apparence, une fois de plus. Les transformations minimales ne me font rien, mais disparaître va exiger un déguisement bien plus complet que ce que j’ai l’habitude de faire. Je ne me suis plus entrainée depuis quelques temps, maintenant…
Je commence par les cheveux car c’est le plus simple. Du châtain clair que j’ai adopté il y a quatre ans, je les transforme en un noir profond, ils perdent en finesse ce qu’ils gagnent en longueur. Puis mes yeux, du bleu sombre à leur vert naturel, quoique moins clair qu’auparavant. J’allonge mon visage et tire mes traits. Je rends ma peau légèrement plus foncée, ce qui est loin d’être évident vu la pâleur de la peau des hinoatts.
Je finis par la partie la plus difficile : ma morphologie. A force de m’amincir, je vais finir par oublier ce que cela fait d’avoir des formes…
Je n’ai pas de miroir pour vérifier, mais je sens que je ne me ressemble plus.
Je m’allonge sur le matelas et me noie dans mes pensées.

La vie est si injuste.
Il doit y avoir plus qu’un dieu qui ne m’aime pas, là-haut…
Car j’ai perdu ma maison une fois de plus et que j’ai bien peur que cela ne soit définitif cette fois…
Et je m’autorise à l’admettre…
A regret…
La bande va me manquer…
Les bandes vont me manquer…

Quand je me réveille le lendemain, il y a une silhouette assise à côté de moi, un couteau à la main…


Marine Ginot, 03/2014
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