À l’aube

Une fois de plus, elle s’était réveillée avant le jour.
Il faisait sombre dans la chambre. Aurore pesta, il était trop tard pour qu’elle parvienne à se rendormir. Elle s’habilla rapidement, enfila plusieurs pulls, et sortit de l’appartement.
À l’extérieur, l’air était frais. Aurore frissonna et ajusta son écharpe. Après un dernier regard vers son immeuble, elle s’éloigna à pas rapides pour se réchauffer. L’air particulier de la nuit l’attirait et ses insomnies lui donnaient régulièrement une bonne raison de sortir dans la pénombre.

Elle s’éloigna de son quartier et gagna l’un des grands parcs de la ville, l’un de ses refuges favoris. Il faisait relativement clair malgré l’absence d’éclairage.
Elle s’assit sur l’un des bancs au bord de l’étang central. La fontaine en forme de sirène semblait lui sourire et lui souhaiter la bienvenue. Aurore soupira d’aise et ferma les yeux, offrant son visage aux dernières caresses des vents nocturnes. Elle sentait les courants d’air l’envelopper, jouer avec ses cheveux courts, s’infiltrer à travers les mailles de l’écharpe. Elle sentait les feuilles se frotter contre ses chaussures, l’herbe sous ses pieds, la respiration des arbres.
Une mélodie douce parvint à ses oreilles, délicatement. Aurore tendit l’oreille en gardant les yeux fermés, pour mieux savourer la musique. Il s’agissait d’une succession de sons plus que d’une véritable chanson. Charmée, Aurore oublia le monde qui l’entourait…

Silence.
Aurore ouvrit les yeux, l’esprit encore embrumé. Il y avait deux sirènes sur la fontaine, semblant jouer avec le courant d’eau. Un rayon chaleureux du Soleil naissant baignait son visage, un autre se reflétait sur sa montre et l’éblouissait légèrement. Elle détourna les yeux.
Une légère brume s’élevait des pelouses sous l’effet des rayons solaires. La douce mélodie avait reprit discrètement, plus bas que précédemment. Mais elle ne voyait personne dans le parc. Le chant semblait sortir de nulle part.
Un mouvement sur sa gauche. Elle tourna vivement la tête et eut l’impression de voir l’une des sirènes bouger. Impossible, ce n’était que des statues.
Elle referma les yeux. Le Soleil l’enveloppa presque tendrement. Elle sentait son étreinte se faire plus chaude, peu à peu, plus douce. Les murmures de la terre et de la fontaine lui parlaient du temps présent et de merveilles.
La ville disparut.

Une main sur son épaule la ramena dans le parc. Aurore ouvrit lentement les yeux et reconnut celui qui lui faisait face.
– J’étais sûr de te trouver là. Viens, tu vas finir par tomber malade.
Elle prit son temps pour se relever, le temps de savourer les rayons de lumière, le temps de profiter des courants de vent et du crissement des feuilles.
– J’ai entendu le chant du monde. C’était merveilleux.
Il la regarda sans comprendre. Cela n’avait pas d’importance. L’aube n’appartenait qu’à elle.


Marine Ginot, 11/2018
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