Chroniques, Littératures de l'imaginaire

📚⎜ Dans l’ombre de Paris – M. of Glencoe

Bonjour Ă  tous,

Un coup de coeur semblable Ă  un coup de poing, un coup au coeur.
Une lecture qui m’a saisie fort. Si fort qu’elle m’a poursuivie le soir, le jour, en balade, dans le mĂ©tro et jusque dans les fragiles (quoique inĂ©vitables) instants d’inattention d’un cours. Si fort qu’elle m’a irrĂ©sistiblement entraĂźnĂ©e, charmĂ©e, Ă©garĂ©e, vidĂ©e, bouleversĂ©e, broyĂ©e, avant de me jeter, le coeur Ă  nu et les nerfs Ă  vif, les Ă©motions en vrac et les pensĂ©es en dĂ©sordre, sur le bord de la derniĂšre page.
Mais reprenons depuis le début :

Titre : Dans l’ombre de Paris
SĂ©rie : La derniĂšre geste / premier chant
Plume : Morgan of Glencoe (clic)
Pinceau de couverture : Benjamin « Zariel Â» Chaignon (clic)
Édition : ActuSF (clic / collection Naos)

Résumé
La princesse Yuri est la troisiĂšme dame du Japon, toute en beautĂ©, dĂ©licatesse, noblesse et retenue. Dans l’immense Orient-Express qui l’emmĂšne Ă  Paris, elle cherche entre les lignes de la lettre de son pĂšre les raisons de ce voyage. Au bout d’un trajet long et mouvementĂ© l’attend sur le quai une surprise couronnĂ©e : le Dauphin de France. Son fiancĂ©. Yuri se sent prise au piĂšge des convenances et attentes de son statut. Jusqu’à ce qu’une femme lui offre un choix : la couronne ou la libertĂ©.
Sur le chemin de son avenir, Yuri rencontre son passé et découvre son monde


❝ Alcyone Ă©tait nĂ© dans ce train, wagon vingt et un, trente-six ans plus tĂŽt. Il l’avait quittĂ© quelques semaines pour aller voir si le ciel n’était pas plus bleu ailleurs, puis il Ă©tait revenu. Comme la plupart des nĂ©s-Fourmi. Comme disait l’adage, « naĂźt sur le Rail, meurt pour le Rail Â»â€Š
L’Aeling se dĂ©barrassa de son fusil de fonction. Il Ă©tait fier de ce qu’il Ă©tait : un patrouilleur de la Rame 5. La rame de la cĂ©lĂšbre Capitaine Trente-ChĂȘnes. Les treize trains de la Compagnie du Rail, huit Orient-Express et cinq Lignes BorĂ©ales, Ă©taient Ă©tranges microcosmes qui effrayaient et fascinaient du plus misĂ©rable mendiant au plus riche des nobles de la Triade
Le patrouilleur entra dans le vestiaire, se dĂ©barrassa de son manteau, dĂ©voilant une chemise fendue sous les manches et jusqu’à mi-buste, accrochĂ©e Ă  ses mains par de simples boucles passĂ©es autour des pouces, et les longs muscles secs qui jouaient par-dessous. Puis il tira un flasque de sa poche, avala une interminable gorgĂ©e d’eau-de-vie de prune et s’étira en soupirant d’aise. Elle n’était pas douce, ni aisĂ©e, mais c’était sa vie Ă  lui. Toute sa vie, Ă  bord d’un seul train. ❞

Mon avis
J’ai adorĂ© ! Au fil des pages, Morgan of Glencoe propose un univers foisonnant et cohĂ©rent qui se dĂ©voile progressivement, et une immersion dans ce qu’il y a de lumineux et d’obscur dans une Ăąme, d’empathie et de cruautĂ© dans un coeur.

L’univers est progressivement introduit, avec nuances et complexitĂ©. Paillettes, privilĂšges, cruautĂ©, compassion, solidaritĂ©, espoir, devoir et pouvoir se croisent, se mĂȘlent, se rejettent, se mĂ©fient et se dĂ©fient.
Dans ce Paris des annĂ©es 90, Louis XX gouverne d’une main de fer plusieurs strates de populations qui co-existent, en cercles successifs de luxe et d’équipements. Entre modernitĂ© et archaĂŻsme, la ville s’épanouie et donne un aperçu du monde dans lequel Yuri a grandi. Paris Ă©tant l’une des capitales de la Triade, les fĂ©es sont considĂ©rĂ©es au mieux des animaux dressĂ©s, au pire de dangereux monstres sauvages : leur magie et leur diffĂ©rence effraient.
C’est un univers dense, complexe et fouillĂ© qui prend vie au fil des pages et des voix des personnages. J’avoue avoir hĂąte de poursuivre l’exploration de cet univers et de ses mystĂšres ! Le monde est vaste et ce roman m’a rendu curieuse (entre autre : la magie des bardes, les dragons, Keltia,
).

La narration est polyphonique, ce qui permet de vĂ©ritablement dĂ©couvrir toutes les nuances du monde et des personnages. Ces derniers sont variĂ©s, hauts en couleur, complĂ©mentaires, contradictoires, cohĂ©rents jusque dans leurs Ă©volutions, ils proposent une fresque subtile et complĂšte dans la complexitĂ© des passions et comportements d’un ĂȘtre vivant, pour une immersion dans les coeurs, les esprits, les Ăąmes, les grandeurs et bassesses d’une Ăąme, la grandeur et la cruautĂ©, les nuances de la lumiĂšre et de la noirceur qui peuvent se cacher en chacun.
Initialement, j’avais un peu de mal Ă  accrocher avec Yuri : trop froide, trop sĂšche, trop princesse de porcelaine sous une cloche de cristal sur un piĂ©destal en or massif. Puis, progressivement, avec une touche de naĂŻvetĂ© et un soupçon de mĂ©fiance, elle ouvre les yeux et dĂ©couvre son monde, elle s’ouvre Ă  cet univers qu’elle ne connait que trĂšs peu, malgrĂ© son Ă©ducation et ses connaissances thĂ©oriques.
Si Yuri se dĂ©gage comme personnage principal, les personnages secondaires sont finalement loin d’ĂȘtre secondaires. Ils tournent et valsent autour de Yuri et ses choix, apportent nuances et complexitĂ© Ă  l’univers. Entre autre, Bran, son entĂȘtement et sa diffĂ©rence ; le chevaleresque Sir Edward et sa patience ; TaliesĂŹn et ses mystĂšres ; Ryuzaki et son devoir ; le Dauphin, sa fiertĂ© et son amour ; Lilas et sa douceur ; Manon et sa soif de vivre ; 


L’intrigue met les personnages en mouvement, en musique, et donne de la densitĂ© Ă  leur identitĂ© et Ă  l’ensemble de l’univers. Le rythme est initialement lent pour laisser au lecteur le temps d’apprivoiser l’univers et les personnages, avec une montĂ©e en puissance progressive.
DĂ©veloppement et pĂ©ripĂ©ties donnent Ă  voir la beautĂ© et la laideur, la noblesse et la cruautĂ©, sans Ă©dulcorer les horreurs auxquels sont confrontĂ©s les personnages, sans sous-estimer les merveilles qui parsĂšment leur quotidien. Avec finesse, intelligence, dĂ©licatesse et rĂ©alisme, l’intrigue aborde entre autres : la diffĂ©rence, les inĂ©galitĂ©s, les prĂ©jugĂ©s, les statuts sociaux, la noblesse, la sociĂ©tĂ©, la place des femmes,

Et puis il y a la fin. Intense, sublime, atroce. J’ai refermĂ© le livre, vidĂ©e, incapable de mettre de la cohĂ©rence dans mes pensĂ©es et de l’ordre dans mes Ă©motions. J’ai posĂ© le livre, les larmes au bord du coeur. DigĂ©rĂ©. Essayer de digĂ©rer. Si on peut appeler digĂ©rer le fait de le reprendre Ă  la premiĂšre page quelques jours plus tard pour finir dans le mĂȘme Ă©tat.

Pour saupoudrer le tout, la plume est fluide et entrainante, entremĂȘlant actions, rĂ©flexions et chansons, au coeur du tourbillon des Ă©motions, dans l’intimitĂ© de personnages qui se dĂ©couvrent, quelque part entre la narration, la musique, la poĂ©sie et la magie.

Le mot de la fin
Entre rires et larmes, joies et tristesses, amours et haines, complicité et rejet, amitié et méfiance, un roman qui explore toute la palette des émotions, un univers fascinant aux nuances riches, des personnages attachants et émouvants, une plume enchantée et mélodieuse, et puis une fin qui
 !
Bref. En un mot : « waow Â» ; en deux mots : « lisez-le Â» ;  en trois mots : « coup de coeur Â» ; en quatre mots : « je veux la suite Â» ; en cinq mo
 d’accord je m’arrĂȘte lĂ .

Et pour poursuivre l’expĂ©rience, vous pouvez Ă©couter le calendrier de l’avent de l’univers sur Youtube (qui peut spoiler le livre). Il s’agit d’autres histoires qui se passent avant le roman et celles que j’ai dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© sont magnifiques de dĂ©licatesse et de sensibilitĂ©.

À bientît,
Marine

Image d’en-tĂȘte rĂ©alisĂ©e avec Canva.