Enora E13 – Sur le chemin du retour

coittri, le 15ùme jour d’ima
en approchant des cĂŽtes du RaliomĂšn

Cher journal,

Je me suis rĂ©veillĂ©e dans ma couchette avec un mal de crĂąne Ă©pouvantable et des contusions un peu partout. Je ne me souviens pas comment je suis arrivĂ©e dans ma cabine ni comment j’ai rĂ©ussi Ă  me blesser Ă  autant d’endroits diffĂ©rents
 J’ai mal partout
 La lumiĂšre du jour entre par la lucarne. M’éblouit.
– Tu es rĂ©veillĂ©e ! Enfin !
Je me crispe involontairement quand la voix d’Ethan carillonne dans ma tĂȘte.
– Tais-toi ! lui ordonne froidement et doucement ZilhostynaĂ©. Elle a besoin de repos et de calme.
J’ouvre douloureusement les yeux. Ethan me regarde en souriant, mais ZilhostynaĂ© me jauge du regard. La Sonniste me tend un bol fumant en m’expliquant que cela apaisera la douleur, sous toutes ses formes. Visiblement, j’ai grimacĂ© en essayant de m’asseoir
 Ethan m’indique que le capitaine veut me parler quand je serais capable de quitter ma cabine puis ils me laissent avec mon thĂ© calmant et mes multiples douleurs. C’est douloureux.
J’avale pĂ©niblement mon thĂ© Ă  petites gorgĂ©es. Ça brĂ»le, mais l’effet est presque immĂ©diat. Je sens la douleur refluer progressivement. Mais il me faut de longues minutes avant de parvenir Ă  quitter ma couchette. Et encore, je me dĂ©place au moins aussi lentement qu’un escargot.

Je finis par rejoindre la cabine du capitaine. Un diner nous attend et je m’assois avec soulagement dans l’un des fauteuils de l’espace salon.
– Comment te sens-tu, Enora ?
Je n’étais pas sĂ»re qu’il m’avais tutoyĂ© aprĂšs l’affrontement, mais cette phrase le confirme et fait de moi un membre de son Ă©quipage. Je suis Ă©mue. Et gĂȘnĂ©e.
– Ça va mieux, merci.
– J’ai Ă©tĂ© impressionnĂ©. Ton intervention d’hier Ă©tait vraiment trĂšs courageuse. InsensĂ©e, mais courageuse.
Je ne sais pas quoi dire, je me contente de le remercier. Je me sens intimidée.
– Ethan m’a parlĂ© de ton petit soucis de trajet retour. Tes exploits d’hier font de toi l’une des nĂŽtres, nous ferons avec plaisir ce petit dĂ©tour pour garantir ta sĂ©curitĂ©. Et rassurer tes parents.
Serait-ce de l’humour ? Je crois bien qu’il sourit. Je me sens moins mal Ă  l’aise, d’un coup. Il me libĂšre peu aprĂšs. Le bibliothĂ©caire est sorti de sa cabine et m’attend. Il a le teint verdĂątre et son ton est agressif. Cela fait sortir le capitaine qui lui indique fermement de se mĂȘler de ses propres affaires. C’était Ă©trange, comme moment


Je rejoins Ethan et ZilhostynaĂ© sur le pont et m’accoude au bastingage.
– On va arriver cette nuit, finalement, m’apprend le jeune marin. On a fait plus vite que prĂ©vu en prenant la fuite. Quelqu’un vient te chercher au port ?
– Non. Mais ma soeur sera lĂ  demain.
– Tu dois ĂȘtre soulagĂ©e. La terre est quand mĂȘme moins animĂ©e

– Pas dans ma famille, je souris. J’ai hĂąte de les revoir.
Nous restons un moment en silence, Ă  contempler la lumiĂšre qui disparait dans les vagues. Les oranges et les roses explosent dans le ciel et crĂ©e une harmonie de couleurs. Le vent lĂ©ger souffle entre nous et je frissonne. Ethan pose sa veste sur mes Ă©paules et et je remarque que ZilhostynaĂ© s’est Ă©clipsĂ©e. Je remercie le marin et m’enveloppe dans sa veste avec soulagement. Elle est bien chaude et sent le sel, une odeur que j’ai appris Ă  aimer. Je frissonne encore et il m’attire contre lui. Le silence nous entoure et l’air de la mer nous enveloppe. Je savoure le moment.

Des lumiĂšres apparaissent au loin. Kyor, l’un des principaux ports du RaliomĂšn. Je devine la silhouette de la citadelle qui surplombe la ville, lĂ  oĂč travaille ma soeur. La ville parait de plus en plus immense Ă  mesure que nous approchons. J’avais oubliĂ© la dĂ©mesure du RaliomĂšn : dans l’Archipel, toutes les villes sont petites. Kyor m’écrase de son immensitĂ©. Je peux presque dĂ©jĂ  entendre la foule et ses bruits, la circulation, les voix,
 C’est l’une des choses que je prĂ©fĂšre dans l’Archipel de Ney : le calme. L’Archipel est dĂ©diĂ© Ă  l’étude et la recherche, loin de la frĂ©nĂ©sie des grandes villes. C’est probablement aussi pour ça que j’ai beaucoup apprĂ©ciĂ© ce sĂ©jour en mer

Nous sommes arrivĂ©s Ă  Kyor. Je dois m’en aller. ZilhostynaĂ© me salue et me souhaite bonne chance. Je fais de mĂȘme pour elle et le libraire malade, Ă  propose de leur mission. Ethan m’enlace et glisse un objet dans mon manteau et le capitaine me fixe la date du dĂ©part pour l’Archipel.
Puis c’est fini. Je descends du bateau lentement avec mes bagages.
– Enora !
ThĂ©a m’engloutit dans une Ă©treinte sans me laisser le temps de poser mes affaires. Ma soeur adore les effusions enthousiastes.
– C’est fou ce que tu as changĂ© ! Regarde-toi ! Tu es magnifique ! Et qui c’est, ce garçon qui te dĂ©vore des yeux ?
J’éclate de rire, c’est plus fort que moi. ThĂ©a n’a absolument pas changĂ©. Je ne regarde pas derriĂšre moi pour savoir de qui elle parle, je ne suis pas sĂ»re de vouloir savoir.
– C’est personne. Tu savais qu’on arriverait plus tĂŽt ?
– Bien sĂ»r ! Je sais tout ce qui concerne le port. Tu viens ? On part tĂŽt demain matin. Les parents ont hĂąte de te revoir ! Et les autres aussi, toute la tribu vient passer quelques jours Ă  la maison pour l’occasion.
J’ignorais que mon retour avait dĂ©clenchĂ© une telle rĂ©action
 Toute la tribu, ça veut dire que la maison va ĂȘtre trĂšs animĂ©e
 Je suis presque rentrĂ©e.


Marine Ginot, 10/2018
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