Louarra E19 – La mort de Louarra

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Peut-être est-il temps pour Louarra de mourir également
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Peut-être est-il temps pour

Louarra devait me protéger, mais elle risque à présent de faire tuer mes amis.
À nouveau.
Je me suis attachée à ce personnage, d’une certaine manière. Elle m’a fait grandir, elle m’a rendu plus forte.
Peut-être est-il temps de changer de peau, complètement. Louarra est devenue un danger. Puisque je n’ai plus accès à mon vrai moi, je n’ai plus qu’à le laisser s’évanouir et devenir autre chose.
Une chose que ceux qui m’ont connu ne pourront pas identifier, très loin d’ici. 

– Qu’est-ce que le plafond a de si fascinant pour que tu ne puisses pas en détacher le regard ?
La voix d’Auréléty empêche mes pensées d’aller plus loin dans cette direction-là. Je me redresse pour lui faire face.
– Il est vide, comme une feuille vierge. Cela m’aide à réfléchir.
D’après son visage, il ne me croit pas.
Je laisse mes yeux se promener dans le reste de la pièce. Nous sommes revenus de la gare en silence, hier. Un silence alourdi par leurs reproches muets, par leur colère sourde et par leur obstination aveugle. Le QG ne m’a pas paru aussi accueillant qu’à l’accoutumé. Malyra n’a rien dit, mais ses yeux ont beaucoup parlé.
– Moi, je crois que tu fuis, reprend-t-il. Tu évites ceux qui pourraient te convaincre de rester. Ton problème, Louarra, c’est que la possibilité d’être en sécurité te terrifie.
– Mon problème, c’est que…
Mais je ne peux pas terminer ma phrase. Il ne doit pas savoir.
Il s’approche, attrape ma main, saisit mon regard.
– C’est quoi, ton problème, Louarra ?
– C’est trop dangereux, je murmure. S’il me trouve, il me tuera.
Je revois son visage. Il avait le visage de l’Amour et les yeux du Soleil. La beauté d’une merveille. Puis le monstre a prit possession de lui et l’a transfiguré. Puis…
J’interromps ma réflexion avant qu’elle ne m’engloutisse.
Auréléty lâche ma main et s’écarte.
– Quand tu auras compris que tu fais partie de la famille et qu’on est là pour toi, je serais dans la salle du bas.
Il est déçu, presque écoeuré.

– Il a raison.
La voix vient du plafond. Alizur se laisse souplement tomber dans la chambre.
– Qu’est-ce que tu comptes faire ?
– Je n’ai pas changé d’avis. Je m’en vais.
– Tu as conscience que ça ne résoudra pas ton problème ?
– Ça vous protégera.
– Qui te protégera, toi ?
– Je n’en aurais pas besoin. Louarra va mourir, quelqu’un d’autre la remplacera.
– Ça ne résoudra pas non plus ton problème.
– Mais le monstre ne vous trouvera jamais.
– Qu’il vienne, Louarra ! Qu’il vienne et on l’affrontera ensemble !
J’étouffe soigneusement toute trace de l’espoir qui menace de m’envahir avant de lui répondre :
– Ça ne peut pas bien se terminer. Il est trop fort, trop puissant… Et ils sont trop nombreux, prêts à mourir pour lui…
– Plus maintenant. Il est seul.
Je ris. C’est plus fort que moi.
– Il ne sera jamais seul, Alizur. Il est trop puissant…
– Il est surtout riche…
– … Et il a cette étincelle qui attire la loyauté…
– Il a tout perdu.
Je secoue la tête. Le monstre ne peut pas perdre. Ce qu’il veut, il l’obtient.
– Je t’ai sauvé la vie une fois, Louarra, je peux le refaire. Donne-nous une chance.
– Non. Je ne vous laisserai pas mettre vos vies en jeu pour la mienne. Je ne ferai pas deux fois la même bêtise. Personne ne doit savoir.
– Mais moi je sais.
Je le regarde comme si je le voyais pour la première fois.
Il sait.
Cela peut le tuer.
Il sait.
Il va mourir.
– Si tu sais, il le sait aussi. S’il le sait, le monstre te tuera.
– Le monstre a un nom, Louarra ! Affronte le passé !
Il s’énerve. C’est la première fois que je l’entends s’énerver.
– Non, Alizur. C’est terminé.
Je quitte la pièce par le toit sans lui laisser le temps de se calmer et je disparais dans la ville.
Il ne me suit pas.

Peut-être est-il temps pour Louarra de mourir également
Peut-être est-il temps pour Louarra de mourir également
Peut-être est-il temps
Je ne peux pas rester avec la bande. Je les mets en danger. Soit par ma présence, soit à cause de leur stupide envie d’affronter une armée de monstres.
Je ne peux pas aller à la gare. Pour les mêmes raisons.
Louarra doit mourir pour permettre à quelqu’un d’autre de naître. Quelqu’un sans attache, sans nom, sans passé et sans apparence propre.

Ou je peux revenir.

Dans les deux cas, je meurs.


Marine Ginot, 06/2018
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