Au-delà de l'étincelle - Imagin'encre & Illugami
nouvelle

Au-delà de l’étincelle

En collaboration avec l’illustratrice Emmanuelle Ramberg (Illugami), j’ai l’immense plaisir de proposer chaque vendredi soir jusqu’à Noël une création inédite à quatre mains.
Deux sont des textes mis en illustration par Emmanuelle, deux sont des illustrations que j’ai mise en texte.

J’espère que ce troisième conte vous plaira !

Le feu qui crépitait au coeur de la forêt ne parvenait pas à dissiper la brume environnante, ni le froid qui s’infiltrait. Zoé et Lourson s’étaient blottis l’un contre l’autre. Leurs larmes gelaient sur leurs joues frigorifiées tandis que les images de l’incendie de leur village ravageaient leur mémoire. Ils avaient couru, couru à en perdre haleine, à travers les champs et les bois pour s’éloigner de la fumée.
À présent, ils étaient seuls dans la nuit et les craquements mystérieux. Seuls et perdus. Zoé avait tant bien que mal allumé un feu, luttant contre le froid et la peur, contre ses cheveux volant au vent, contre le vide abyssal qui s’installait dans son coeur. Lourson avait saisi sa main et les deux enfants s’étaient assis face au feu, emmêlés pour se rassurer. La nuit les enveloppa.

***

Le lever du jour les trouva allongés l’un contre l’autre, tout prêt du feu qui avait veillé sur eux. Hagards, ils regardèrent autour d’eux, espérant reconnaître un détail, un arbre ou un marquage. Un sanglot rauque coupa le souffle de Lourson et brisa la forteresse mentale érigée par Zoé.
Le temps suspendit son cours et leur détresse s’éleva dans le ciel clair.

Une infinité indéterminée plus tard, sans un mot, Zoé sécha ses larmes et celles de Lourson, réajusta sa capuche et son écharpe et saisit la patte de son ami. Il était temps de partir. Rester ne servait à rien.
Aucun chemin n’était visible, aussi ils marchèrent au hasard entre les immenses arbres qui les environnaient. Leurs pas s’enfonçaient bruyamment dans le sol humide et spongieux, brisant la quiétude sauvage des bois. Parfois, leurs regards saisissaient une ombre, la course d’un animal ou une piste à moitié effacée. Malgré la peur, ou peut-être pour l’oublier, ils se laissaient happer par la beauté de ce qu’ils découvraient, les branches épaisses et les arbres majestueux, les chants et cris qui résonnaient, les reflets et éclats de lumière qui parsemaient les feuilles, flaques et toiles d’araignée.
Ils ne savaient pas où ils étaient, ni où ils allaient. Ils étaient toujours perdus. Mais ils avançaient et bientôt, ils trouveraient quelqu’un qui pourrait les aider à retrouver leur maison, leurs familles. Il leur fallait trouver la ville.

***

Ce n’est qu’à l’approche de la nuit que le courage commença à leur manquer. L’obscurité tombante rendait la forêt inhospitalière. Les craquements se multipliaient dans une danse endiablée et inquiétante tandis que les ombres qui s’allongeaient semblaient prêtes à les engloutir.
Les pas de Lourson se faisaient lourds et Zoé sentait la lassitude l’envahir. La pénombre rendait plus terrible encore leur peine, leur perte, et l’atroce sentiment d’abandon qui déchiraient leurs pensées de plus en plus fort.

Soudain, un éclat dans le lointain, entre les arbres, saisit toute leur attention. Les deux enfants échangèrent un regard, rapide et entendu, et s’élancèrent en direction de cette lumière inespérée.
Lourson ne tarda pas à distancer Zoé, passant sur ses quatre puissantes pattes de jeune nours pour courir plus vite. Les branches le fouettaient, mais il n’y prêta pas la moindre attention, seule comptait cette lueur qui se rapprochait !

– Lourson !
Zoé peinait derrière, essoufflée et lente sur ses deux jambes, elle parvenait tout juste à le discerner tellement il allait vite. Elle l’appela à nouveau, la voix tremblante.
Seul le silence lui répondit.
– Lourson !
Le silence et un bruit de course, un grondement, de plus en plus proche, de plus en plus fort. Son souffle s’emballa davantage et son coeur lui faisait mal à force de tambouriner. Qu’est-ce qui se rapprochait ?
Un poids lui bondit soudain dessus avec un grand cri et elle se débattit frénétiquement pour le chasser, aveuglée par sa peur, incapable d’entendre les deux syllabes que répétait son agresseur : « Zoé ! Zoé ! ».
Elle finit par reconnaître les pattes et la fourrure de son ami et cessa de se débattre, hébétée :
– Lourson ? Tu m’as fait peur ! Où étais-tu ?
– Viens voir, Zoé ! Viens voir !
Il trépignait d’excitation et l’entraîna sans attendre par la main. La fillette courut tant bien que mal à sa suite, encore sous le choc.

Ils arrivèrent à l’orée de la forêt et s’immobilisèrent, muets face au spectacle qui s’offraient à leurs yeux, émerveillés.
– La ville, murmura Zoé.
Main dans la main, ils la contemplaient, pleins d’espoir.
Tout autour de la roche qui embrassait les nuages s’enroulait un chemin bordé de maisons et de lumières. Et là-haut, tout au sommet, un bâtiment plus grand et plus beau que tout ce qu’ils avaient vu dans leur vie.
Ils s’engagèrent sur le ruban de pierre qui menait aux premières constructions.

Une importante foule se trouvait dans les rues, la musique rythmait les respirations, des étals de nourritures chaudes embaumait l’atmosphère : tout n’était que rires et chaleur. En s’enfonçant dans la ville, Zoé et Lourson virent une multitude de personnes, nours, lapinous et autres chachats qui dansaient, mangeaient, riaient et faisaient la fête. De nombreuses lumières brillaient dans le ciel et dans les yeux de ceux qu’ils croisaient. Que se passait-il ? Pouvait-on les aider à retrouver leurs parents, leurs foyers ? Comme la terreur de l’incendie paraissait loin dans cette atmosphère de réjouissances !
Ils furent bousculés par des enfants, qui s’arrêtèrent et les entraînèrent avec eux.
La peur fut noyée par l’ivresse de l’instant.
Ils arpentèrent la ville avec leurs nouveaux amis d’un soir, se brûlèrent la langue en avalant trop vite un gâteau sortant du four, dansèrent jusqu’à en perdre haleine, chantèrent (faux) pour les étoiles et les flocons qui étaient célébrés ce soir-là, participèrent à des jeux inconnus sans vraiment comprendre les règles, se rebrûlèrent la langue avec la boisson chaude aux parfums de cannelle qu’on leur tendit, firent plusieurs fois le tour de la ville en s’émerveillant des constructions, des couleurs, des odeurs et de la bonne humeur ambiante. Ils apprirent la ville et racontèrent leur village et les champs à perte de vue au-delà de la forêt. Ils guettèrent un visage familier dans cette effervescence d’inconnus.

Quand la nuit se fit encre, ils suivirent le mouvement et gagnèrent le sommet de la ville, une lanterne à la main sans savoir pourquoi. Un chant s’éleva dans le ciel, mélancolique et plein d’espoir, parlant du temps, des saisons et des flocons qui arrivaient. Un chant repris par tous et Zoé et Lourson frissonnèrent, émus par la puissance de ce choeur radieux.
La dernière note résonna longtemps dans un silence assourdissant.
Puis les lanternes commencèrent à s’envoler et les étoiles se multiplièrent dans le ciel. Ils lâchèrent les leurs et contemplèrent ces lumières qui habillaient l’obscurité.
La place se vida peu à peu. Ils saluèrent leurs amis, appelés par leurs parents, et leur solitude les frappa de plein fouet. Les yeux de Lourson se mirent à piquer et Zoé lui serra la main avec force en l’attirant contre elle.

Et soudain, elle les vit ! Maintenant que la place était presque déserte, que le silence retombait, elle reconnaissait les voix, les silhouettes qui se tenaient là, proches de la fontaine gelée. Tremblements, perles de cristal sur des joues tirées, grondements qui ébranlaient leurs corps et leurs coeurs.
– Lourson, regarde ! cria-t-elle tout en l’entrainant. Papa ! Maman !
Zoé se jeta dans les bras de ses parents et Lourson dans ceux des siens. Ils étaient là, tout autour d’eux, les habitants de leur village.
Et, ensemble, ils se joignirent aux festivités du reste de la nuit.

Une illustration d’Emmanuelle Ramberg et un texte de Marine Ginot
Tous droits réservés

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